Grenade (Les Orientales)

Sempre hem escoltat la cita que diuen existeix sobre València i el seu paisatge de campanars. "València, la ciutat dels tres cents campanars". Si és cert que teniem coneixement de qui era el seu autor, Victor HUGO, l'escriptor romàntic francès de "Notre Dame de Paris".

Després d'investigar un poc, hem trobat l'obra exacta on aquesta expressió apareix. Un poema que va ser escrit entre el 3 i el 5 d'abril de 1828 i que es nomena Grenade, dins del recopilatori Les Orientales.


MARTÍNEZ ROIG, Eliseo


Grenade (Les Orientales)

Soit lointaine, soit voisine,

Espagnole ou sarrazine,

Il n'est pas une cité

Qui dispute sans folie

A Grenade la jolie

La pomme de la beauté,

Et qui, gracieuse, étale

Plus de pompe orientale

Sous un ciel plus enchanté.


Cadix a les palmiers ; Murcie a les oranges ;

Jaën, son palais goth aux tourelles étranges ;

Agreda, son couvent bâti par saint-Edmond ;

Ségovie a l'autel dont on baise les marches,

Et l'aqueduc aux trois rangs d'arches

Qui lui porte un torrent pris au sommet d'un mont.


Llers a des tours ; Barcelone

Au faîte d'une colonne

Lève un phare sur la mer ;

Aux rois d'Aragon fidèle,

Dans leurs vieux tombeaux, Tudèle

Garde leur sceptre de fer ;

Tolose a des forges sombres

Qui semblent, au sein des ombres,

Des soupiraux de l'enfer.


Le poisson qui rouvrit l'œil mort du vieux Tobie

Se joue au fond du golfe où dort Fontarabie ;

Alicante aux clochers mêle les minarets ;

Compostelle a son saint ; Cordoue aux maisons vieilles

A sa mosquée où l'œil se perd dans les merveilles ;

Madrid a le Manzanarès.


Bilbao, des flots couverte,

Jette une pelouse verte

Sur ses murs noirs et caducs ;

Médina la chevalière,

Cachant sa pauvreté fière

Sous le manteau de ses ducs,

N'a rien que ses sycomores,

Car ses beaux pont sont aux maures,

Aux romains ses aqueducs.


Valence a les clochers de ses trois cents églises ;

L'austère Alcantara livre au souffle des brises

Les drapeaux turcs pendus en foule à ses piliers ;

Salamanque en riant s'assied sur trois collines,

S'endort au son des mandolines

Et s'éveille en sursaut aux cris des écoliers.


Tortose est chère à saint-Pierre ;

Le marbre est comme la pierre

Dans la riche puycerda ;

De sa bastille octogone

Tuy se vante, et Tarragone

De ses murs qu'un roi fonda ;

Le Douro coule à Zamore ;

Tolède a l'alcazar maure,

Séville a la giralda.


Burgos de son chapitre étale la richesse ;

Peñaflor est marquise, et Girone est duchesse ;

Bivar est une nonne aux sévères atours ;

Toujours prête au combat, la sombre Pampelune,

Avant de s'endormir aux rayons de la lune,

Ferme sa ceinture de tours.


Toutes ces villes d'Espagne

S'épandent dans la campagne

Ou hérissent la sierra ;

Toutes ont des citadelles

Dont sous des mains infidèles

Aucun beffroi ne vibra ;

Toutes sur leurs cathédrales

Ont des clochers en spirales ;

Mais Grenade a l'Alhambra.


L'Alhambra ! l'Alhambra ! palais que les Génies

Ont doré comme un rêve et rempli d'harmonies,

Forteresse aux créneaux festonnés et croulants,

Ou l'on entend la nuit de magiques syllabes,

Quand la lune, à travers les mille arceaux arabes,

Sème les murs de trèfles flancs !


Grenade a plus de merveilles

Que n'a de graines vermeilles

Le beau fruit de ses vallons ;

Grenade, la bien nommée,

Lorsque la guerre enflammée

Déroule ses pavillons,

Cent fois plus terrible éclate

Que la grenade écarlate

Sur le front des bataillons.


Il n'est rien de plus beau ni de plus grand au monde ;

Soit qu'à Vivataubin Vivaconlud réponde,

Avec son clair tambour de clochettes orné ;

Soit que, se couronnant de feux comme un calife

L'éblouissant Généralife

Elève dans la nuit son faîte illuminé.


Les clairons des Tours-Vermeilles

Sonnent comme des abeilles

Dont le vent chasse l'essaim ;

Alcacava pour les fêtes

A des cloches toujours prêtes

A bourdonner dans son sein,

Qui dans leurs tours africaines

Vont éveiller les dulcaynes

Du sonore Albaycin.


Grenade efface en tout ses rivales ; Grenade

Chante plus mollement la molle sérénade ;

Elle peint ses maisons de plus riches couleurs ;

Et l'on dit que les vents suspendent leurs haleines

Quand par un soir d'été Grenade dans ses plaines

Répand ses femmes et ses fleurs.


L'Arabie est son aïeule.

Les maures, pour elle seule,

Aventuriers hasardeux,

Joueraient l'Asie et l'Afrique,

Mais Grenade est catholique,

Grenade se raille d'eux ;

Grenade, la belle ville,

Serait une autre Séville,

S'il en pouvait être deux.


HUGO, Victor

Du 3 au 5 avril 1828.


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